mercredi 1 juillet 2009

Leçon apprise n°3 - Les intéractions et les individus

Ce que j'ai pu voir durant ces années de pratique agile à Grenoble, c'est la facilité avec laquelle Scrum ou eXtreme Programming peuvent être vus simplement comme de nouveaux "processus". Il en résulte que certains peuvent appréhender ces concepts pour les accommoder à leur vision du travail et finalement les détourner de leurs objectifs premiers. Mais au fait, quels sont ces objectifs? Revenons à la première valeur du Manifeste Agile est

"Les interactions et les personnes"
ont plus de valeur que
"les processus et les outils"



Cela signifie qu'il est plus important d'expliquer, de communiquer les valeurs, les principes, les comportements attendus, de favoriser la communication d'adulte à adulte, bref de gérer les humains que de veiller à la mise au point des processus et de la mise en œuvre des outils. Il s'agit là d'une petite révolution culturelle car bien souvent dans nos organisations, on s'attache à ce qu'il doit être fait, plutôt qu'a la façon dont les choses sont faites.

Les approches agiles sont des moteurs à apprendre non seulement quoi faire, mais aussi mieux faire la prochaine fois. Les comportements associés sont à la fois des aptitudes à communiquer, inventer et décider en équipe mais aussi la faculté individuel de se remettre en cause pour faire mieux, pour d'améliorer en continue. Faire mieux ne veut pas dire aller plus vite : c'est de la qualité des interactions de l'équipe dont nous parlons. Une mesure de cette qualité réside avant tout dans une écoute active des individus de cette équipe : accorde-t-on cette oreille attentive? Cette activité pourrait faire partie des attributions d'un Coach Agile, mais n'est pas aussi le rôle des managers de l'organisation de communiquer les valeurs et les comportements attendus des uns avec les autres?

mercredi 17 juin 2009

Lecon apprise n°2 - Adapter la structure


Deuxième billet sur mes leçons apprises lors d'une expérience de 4 ans d'application de Scrum/XP chez un éditeur de logiciel à Grenoble. Avant, je veux clarifier le terme "structure". Ce que je veux dire par "structure" c'est la cartographie de l'organisation en terme d'organigramme : la pyramide hiérarchique ou chaîne de commandement... on oppose souvent l'approche projet à cette structure pyramidale. En approche projet, on va travailler en mode transverse à de nombreux départements ou services.

Constat

En agile, les choses deviennent pire : on veut créer des équipes dédiées pluri-disciplinaires. De nouveaux rôles transverses apparaissent et on a du mal à les placer sur l'organigramme de l'organisation. A l'inverse des rôles existants se voient "dépouiller" de leurs activités du fait du changement de méthode. Dans notre cas, à l'époque, les chef de projets, responsables d'équipe et leaders techniques (architectes) ont eu beaucoup de difficultés à faire "leur trou" dans cette nouvelle façon de travailler. Le fait d'avoir conserver un grand moment une structure de l'entreprise inadaptée, cela a nuit au bon déroulement de la transition. Je n'ai jamais compris pourquoi cela semblait si compliqué de modifier la structure en place.

Pistes d'amélioration
  • Ne pas attendre pour introduire (valoriser) les nouveaux rôles dans la structure de l'organisation
  • Adapter ou supprimer la définition des rôles existants si ils sont obsolètes
  • S'appuyer sur une description processus/responsabilité plutôt que structure/autorité
  • Dans une approche processus, le rôle de ScrumMaster prend tout son sens : c'est le gardien ou le pilote du processus, à l'échelle d'un projet, d'une équipe
  • Maintenir un backlog de transition agile pour y consigner justement les adaptations de structure à conduire
  • Impliquer la RH le plus tôt possible dans la transition car le système de mesure de la performance individuel doit être adapté à cette nouvelle façon de travailler

jeudi 11 juin 2009

Leçon apprise n°1 - Transition en douceur

Un mois déjà depuis mon dernier billet : je me ressaisis en entamant une série de 5 ou 6 billets sur les leçons que j'ai apprises durant ces dernières années d'accompagnement agile à Grenoble.

Leçon apprise n°1 - Transition en douceur

La transition vers l'agilité à laquelle j'avais assisté et dont j'étais aussi acteur, fut menée en mode "big-bang" : du jour au lendemain, tous les projets de l'entreprise furent gérés en Scrum. Le travail de préparation avait essentiellement porté sur des études de livres et la recherche de prestataires en formation et conseil agile. Nous avions organisé une grande réunion (ou plutôt une grande messe) pour expliquer les changements imminents et les raisons de ce changement. Je ne remets pas en cause ce que nous avions fait, mais je pense que nous manquions de maturité sur la gestion du changement à l'échelle de l'entreprise, et surtout sur les individus. Nous n'aimons pas changer quand quelqu'un décide à notre place, mais nous aimons changer si cette décision vient de nous... à méditer ;-)

J'aime l'image du lièvre et de la tortue : ne pas confondre vitesse et précipitation. Vouloir tout changer c'est bien mais savoir aider les autres à changer c'est mieux. La majorité des personnes veulent mieux faire, veulent s'améliorer et si elles vous paraissent hermétiques au changement, c'est que le problème ne vient pas forcément d'elles mais peut-être de de votre façon de leur parler et de les écouter.

Les bonnes pratique que je vois pour une transition en douceur sont les suivantes:
  • Impliquer un maximum de personne dans la décision de changer (et pas seulement le management et la direction)
  • Présenter ce changement "possible" à tout le monde (formation, ateliers...) avant de démarrer
  • Commencer avec UN projet pilote avec LES personnes qui souhaitent changer
  • Etre attentif aux arguments des personnes qui ne veulent pas changer et les entendre
  • Gérér formellement un "backlog" de transition en toute transparence en y agrégeant les idées de tous
  • Identifier une équipe en charge de ce "backlog"
Au final, on constate que pour démarrer, on a pas besoin d'avoir tout le monde d'accord : c'est une bonne nouvelle : une équipe motivée et un projet, ça suffit ;-)

lundi 11 mai 2009

Le lycée collaboratif existe, depuis 1982

Aujourd'hui, un reportage surprenant sur le Lycée expérimental de Saint-Nazaire diffusé sur France 2. Ce lycée expérimental créé en 1982 est un établissement scolaire public cogéré par les professeurs et les élèves : élèves et professeurs partagent droits et devoirs. Des équipes d'élèves se relaient tous les 15 jours et assurent ainsi tout le fonctionnement de l'établissement. Hum... des équipes (de jeunes de 20 à 25 ans environ) sont changées et la gestion fonctionne en continu... on sait faire ça dans nos métiers?

Des élèves en difficulté scolaire peuvent y trouver leur compte et réussir ici (obtenir leur diplôme BAC) ce qu'ils échouent dans une structure traditionnelle. Des élèves témoignent qu'ils sont confrontés à des expériences inédites : travail en équipe, collaboration avec des adultes, tout cela leur donnent une grande confiance en eux. Ici, ils ont le droit de l'ouvrir, s'exprimer... ailleurs on leur disait seulement d'écouter et de travailler. Dans cet établissement, la sanction n'a plus lieu et l'autorité a été remplacé par la responsabilisation. Son taux d'obtention au BAC est le plus bas de France (50%) et s'explique par le fait qu'il y a dans cet établissement une plus grande proportion de jeunes en situation de difficultés scolaire.

Éducation, éducation... quelle sont tes critères de succès?

vendredi 17 avril 2009

Une question de confiance


La confiance, mais c'est quoi au juste dans une équipe de développement logiciel? Ben, c'est pas très différent de celle d'une équipe de sportifs... Pour information, ce sujet a déjà été abordé dans les mêlées et à travers le livre de Patrick Lencioni "The Five Dysfunctions of a Team". Notre culture favorise-t-elle le développement de la confiance dans notre travail? J'ai envie de vous signaler ce podcast de Eric Mignot et Raphaël Pierquin sur Visual Talk Show. Le but de l'emission n'est pas de dévoiler le contenu du livre, loin de là, mais plutôt de vous donner envie de le lire! J'ai pris pas mal de plaisir à l'écouter pendant mon vol d'aujourd'hui Bordeaux-Toulouse. Ca m'a aussi donné envie de faire un BBQ ;-) Bravo les gars et merci pour votre témoignage!

jeudi 19 mars 2009

Vers une Administration Agile?


Hier matin, j'ai entendu le médiateur de la république française qui parlait de son rapport publié aujourd'hui, dans une émission de radio nationale sur le service public.

Voici un commentaire de ce rapport sur les Echos:
Déficits d'information, réponses aléatoires, sentiment d'arbitraire : dans son dernier rapport publié hier, le médiateur de la République, Jean-Paul Delevoye, ne ménage pas ses critiques vis-à-vis de l'administration. A l'heure de la RGPP (révision générale des politiques publiques) et de la modernisation des services publics, il semble que les effets positifs pour les usagers tardent à se concrétiser. Jean-Paul Delevoye a notamment insisté, hier, sur le manque d'attention porté aux réclamations des usagers : « Ce n'est pas une question de moyens, mais plutôt de culture. La gestion des réclamations est cruciale pour améliorer la qualité de service. Ce qu'ont très bien compris les entreprises privées, mais pas encore l'administration. »

D'après les propos que j'ai entendu, le médiateur de la république a reçu cette année 65 000 courriers des citoyens français. 65% concernent des demandes d'information, des réponses erronées ou contradictoires données par les administrations. Il s'interroge "Pourquoi de nos jours, à l'ère de l'information, c'est si difficile pour le citoyen de connaître ses droits?". D'après lui, plus que jamais, les citoyens ont besoin de réponses, ont droit à l'information!

La journaliste de l'émission lui demande

"Et les fonctionnaires? Peuvent-ils être plus performants?"

Sa réponse est à peu près la suivante:

"Les employés de l'état sont les autres victimes du système en place; les lois sont trop compliquées, il n'y a pas assez de délégation, de droit à l'erreur; on ne fait pas appel à l'intelligence et au bon sens des agents, mais plutôt à leur capacité à suivre des procédures trop lourdes; il y règne la culture de la faute, et non pas celle de l'erreur; le législateur doit simplifier les textes. Ce qui compte c'est la qualité du service, la satisfaction des utilisateurs, et cela passe par changer la culture en place."

Hum... voudrait-il faire du refactoring des lois existantes? Voudrait-il rendre le système moins hiérarchique? Laisser plus d'autonomie aux employés? Voudrait-il rendre "lean" notre administration? Houla... J'avoue que ce genre de discours, ça me fait du bien, même si ce n'est pas pour demain ;-)

mercredi 18 mars 2009

Esprit Agile à Marseille

Hier, mardi 17 mars, je me suis rendu à la soirée de lancement de la communauté agile sud-est à Marseille « Esprit Agile ». En tout 80 personnes étaient présentes dans l'amphi de l'Ecole Centrale Marseille : réunir tout ce monde sur le sujet, en soirée, c'est déjà un beau succès! Le programme s'est déroulé à bâton rompu et avec passion : introduction à l'agilité, description de Scrum, description de eXtreme Programming puis retour d'expérience ViaXoft, le tout ponctué d'applaudissements et de questions.

Environ 25% du public avait déjà « pratiqué » de l'agilité. La présentation d'eXtreme Programming m'a fait me rappeler que XP n'est pas « juste » un ensemble de pratiques d'ingénierie, comme on le présente généralement, mais bien une méthodologie à part entière, avec de fortes similitudes - il est vrai - avec Srum. Thierry a bien insisté sur les aspects humanistes de l'Agile, ça m'a plu! Le terme « Développement responsable », ça m'a bien plu aussi. Le retour d'expérience, quand à lui, m'a un peu frustré, time boxing oblige, j'aurai voulu en savoir plus: Eric Barthelemy de la société ViaXoft nous a présenté très humblement les choses qui ont bien marché, mais surtout les «difficultés» rencontrées et les « adaptations » effectuées durant leur mise en place agile pour le développement de leur produit interne.

Parmi les questions posées dans l'auditoire, on a senti une certaine tension lorsque la question des « aspects financiers » fut lancée : c'est un peu déconcertant de devoir justifier des bienfaits financiers d'une démarche, lorsqu'on a passé près d'une heure à expliquer que la principale motivation de cette démarche était justement d'augmenter la valeur ajoutée du produit réalisé... mais cette défiance est légitime tant on est formatés à suivre une méthode sans trop s'interroger sur son efficacité.

J'ai retrouvé Jean-Marie Daumas avec plaisir, on a bien échangé.. Ce fut super de rencontrer enfin Claude et Thierry, en chair et en os, autrement que par blogs interposés! Je fis aussi la connaissance de Karine Mazet, correspondante du French Scrum User Group dans la région PACA et ScrumMaster chez ViaXoft. Surprise pour moi, il y avait des agilistes praticiens venus de Montpellier pour cette soirée! Comme quoi, beaucoup de régions étaient présentes ce soir-là!

Pour conclure, souhaitons que l'Esprit Agile se diffuse le plus possible. Pour cela, on a besoin de bras, beaucoup de bras, pour faire du vent, pour agiter les consciences ;-)